Le Hareng perd ses plumes
Le Hareng perd ses plumes
César valentine
Le ciel était magnifique, bleu électrique, zébré de fines lignes d'argent. Monsieur Ha planait en sondant l'air tiède. Par moments, il inclinait légèrement sa nageoire et décrivait de grands cercles en montant toujours plus haut dans l'azur. Au-dessous de lui, la mer semblait minuscule, esquisse de peintre, jouet d'enfant. Monsieur Ha eut un sourire qui tordit sa bouche de poisson. Puis, une pensée vague se glissa en lui : pourquoi n'avais-je jamais fait ça avant ?
À mesure que sa pensée se précisait, le ciel se voilait, et le vent houleux venait troubler son vol. Monsieur Ha fit rouler son gros œil rond pour regarder le ciel disparaître derrière lui. Au loin, une tache sombre s'approchait, et bientôt, il vit des milliers de goélands : tourbillons gris, éclaboussés de corail orange. Mais quelque chose d'autre attira son attention. Sous sa nageoire dorsale, des plumes aux couleurs éclatantes, comme un magnifique éventail. Il éprouvait un sentiment de naturel mêlé d'une étrange étrangeté. « Tiens, je vole ! » pensa Monsieur Ha. Et au même moment, il vit une plume se détacher de lui et tourbillonner dans le ciel.
Les goélands se rapprochaient, et Monsieur Ha fit battre sa nageoire plus vite pour leur échapper. Mais chaque mouvement précipitait la chute de ses plumes, laissant une longue traînée scintillante derrière lui. Les plumes brillaient comme des écailles au milieu des cris aigus des goélands, et Monsieur Ha tombait dans une spirale chaotique.
Le contact de l'eau le fit revenir brutalement à lui. Le grand banc de poissons l'entraînait dans son sillage silencieux. Des dizaines de milliers de Monsieur Ha ne formant qu'une masse identique. « Quel étrange rêve ! » pensa Monsieur Ha.
Et il se laissa porter par la vague.
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