Platon - Hippias majeur (390 av. J.-C)
Platon - Hippias Majeur (390 av. J.-C)
Sur le Beau
résumé abrégé par césar Valentine
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Dans ce texte, Socrate interroge la définition universelle du beau.
Questions initiales
- Qu’est-ce que le beau ?
- Comment savoir ce qui est beau ou laid ?
Les trois définitions proposées par Hippias
1ère définition :
Le beau est une belle jeune fille.
Réponse de Socrate :
- Ce pourrait aussi être une belle jument, une belle lyre ou même une belle marmite.
- Aucun objet particulier ne peut incarner à lui seul la qualité du beau.
- Il faut distinguer la qualité et l’essence :
- L’essence est une vérité indépendante de ses manifestations.
- Définir l’essence, c’est trouver ce qui est commun à toutes ses formes.
- La même chose peut paraître belle dans une comparaison et laide dans une autre :
- Une belle femme est belle comparée à une gueuse.
- Même la plus belle femme est laide comparée à une déesse.
- Nommer un bel objet ne suffit pas : Socrate demande ce par quoi toutes les belles choses sont belles, c’est-à-dire l’essence commune. (Un universel doit reposer sur des critères stables, non sur des réalités empiriques et changeantes.)
2ème définition :
Le beau serait un ornement universel : l’or rendrait beau tout ce à quoi on l’ajoute.
Réponse de Socrate :
- L’or ne rend pas tout beau :
- Exemple de Phidias : pour la statue d’Athéna, Phidias n’a pas mis de l’or aux yeux ni au visage. Il a choisi l’ivoire (et une pierre pour la prunelle) parce que cela convenait mieux. Donc l’or n’embellit pas tout par principe. La statue d’Athéna sans yeux en or reste belle grâce à ses proportions et à la pertinence de ses qualités.
- Exemple de la marmite : pour remuer une soupe, une cuillère en bois de figuier convient mieux qu’une en or. Ce qui est beau est ce qui convient à l’usage et à l’ensemble, pas ce qui est simplement précieux.
- Conclusion : l’or n’est pas une valeur universelle.
3ème définition :
Le beau, c’est mener une « belle vie » complète : richesse, santé, honneurs, bonne réputation, longévité, belles funérailles, etc.
Réponse de Socrate :
- Achille meurt jeune, il n’enterre pas ses parents, n’est pas enseveli par ses enfants : la condition « longévité + belles funérailles reçues de ses descendants » n'est pas réalisée.
- Héraclès est divinisé (héros/enfant de dieu) : pour les dieux et certains héros, « être enseveli après ses ancêtres » n’a pas de sens. Héraclès n’entre pas dans le cadre des « belles funérailles ».
- Quand Hippias tente alors de restreindre sa formule (pas les dieux, pas certains héros), Socrate lui fait constater que sa définition n’est plus universelle et se retrouve comme les précédentes : « belle pour les uns, laide pour les autres ».
Les définitions proposées par Socrate
Après avoir réfuté les trois définitions d’Hippias, Socrate propose à son tour plusieurs définitions, qu’il abandonne successivement :
- Le beau est ce qui convient (approprié).
Ce qui est approprié rend les choses belles.
Hippias l’accepte, mais Socrate interroge : l’approprié peut parfois cacher la laideur (apparence trompeuse), donc ce critère est insuffisant. - Le beau est ce qui est utile.
Utilité = capacité à produire un effet.
Objection : une capacité peut servir au bien comme au mal. Ce critère ne distingue pas le beau du laid. - Le beau est ce qui est avantageux (favorable).
Idée : le beau serait ce qui est cause du bien.
Problème logique : si le beau produit le bien, alors il s’en distingue. Il en est la cause, non l’identité. - Le beau est le plaisir procuré par la vue ou l’ouïe.
Cette définition exclut les plaisirs intellectuels et d’autres formes de beauté (morale, mathématique, etc.).
Elle ne suffit donc pas à définir le beau universellement.
Note : de plus, définir le beau comme « le plaisir de la vue et de l’ouïe » crée un problème logique. Si l’on entend « et » au sens strict, seules seraient belles les choses qui donnent en même temps un plaisir visuel et un plaisir auditif. Un même objet peut être agréable à entendre sans l’être à voir, ou beau à voir sans l’être à entendre. Un chant, par exemple, peut être harmonieux mais accompagné d’un danseur maladroit. Une statue peut être belle alors que le bruit qu’on en tire est désagréable. Si la beauté dépend à la fois de la vue et de l’ouïe, alors il faudrait qu’une chose soit plaisante pour les deux sens en même temps, ce qui n’est presque jamais le cas. La définition ne tient donc pas : elle repose sur une coïncidence rare plutôt que sur une essence commune du beau.
Analyse critique finale
- Le beau ne se confond pas avec le bon.
Conclusion
- Causalité (sens explicatif) : Le Beau en soi est ce par quoi les choses sont belles (le principe qui les rend belles). Quand Socrate examine l’idée selon laquelle le beau serait « ce qui est avantageux », il en conclut que le beau produit le bien : le beau n’est donc pas le bien lui-même, mais sa cause.
- On ne peut pas définir l’essence du beau à partir de critères purement empiriques.
- Issue aporétique : aucune définition ne tient jusqu’au bout : la recherche s’achève sans solution. Mais le dialogue lui-même ne conclut pas au relativisme : Socrate maintient l’exigence d’une définition commune (ce par quoi les choses sont belles).
Aujourd'hui nous dirions :
- Le beau est subjectif.
- Les belles choses peuvent être comparées entre elles.
- Le statut des belles choses peut changer dans le temps.



