Victor Goldschmidt - Dialectique philosophique (1947)


 Victor Goldschmidt - Dialectique philosophique (1947)

résumé abrégé par césar Valentine

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La bonté d’une image (c’est-à-dire sa justesse par rapport au modèle) dépend de deux causes :

  1. Du modèle
    La bonne imitation se règle sur la forme immuable. En d’autres termes, l’imitation n’est rendue possible que par le démiurge (Dieu).

  2. Du mode d’imitation
    • L’imitation mathématique rend les proportions exactes : c’est l’art de la copie.
    • L’imitation artistique rend les proportions jolies : c’est l’art du simulacre.

 

Dans tous les cas, l’imitation (l’image) ne produit rien d’équivalent au modèle. Pour accéder véritablement au modèle, il faut donc s’y rendre sans recourir à l’image.

 

 

 

Les modes de connaissance

Les quatre premiers modes de connaissance (nom, définition, image, science) sont imparfaits, mais indispensables pour obtenir une science parfaite de l’objet : nous n’avons pas d’autre voie d’accès. Même imparfaite, la connaissance commence nécessairement par le sensible.

La dialectique permet le « frottement » de ces quatre modes de connaissance. Après un long travail (des années), un cinquième mode peut apparaître, à la manière d’une flamme dans le cœur. Ce mode se ressent : il ne peut être transmis par un moyen sensible ni sensible-intelligible (écrit, parole). Il est le contraire des quatre premiers. Platon évoque cette théorie de la connaissance dans la Lettre VII.



 

La révélation des contradictions

En effectuant ce frottement des quatre modes, la dialectique révèle les contradictions qui accompagnent toute opinion. Or nous n’aimons pas les contradictions, car tout être humain possède la raison (logos), et la raison repose sur le principe de non-contradiction : une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps, de la même manière. Lorsqu’une contradiction est mise en lumière, elle heurte notre structure logique fondamentale.

L’action libératrice de la dialectique contrarie celui qu’elle libère : les hommes se sentent bien dans les ténèbres et se révoltent contre leurs libérateurs. C’est pourquoi elle est souvent fuie, ou suscite des réactions violentes.

Socrate insiste : le plus grand mal, la plus grande maladie de l’âme est de ne point savoir et de croire que l’on sait.

 

 

 

La connaissance sensible et son tribunal

Les contradictions dans la connaissance sensible trouvent leur tribunal : la science. Le mirage devant le petit ou le grand, le lourd ou le léger, ne résiste pas à l’art de la mesure et de la pesée. Lorsqu’il y a désaccord, on consulte les techniciens pour trancher.

 

 

Le domaine des valeurs

Il en va autrement pour les valeurs : on ne peut pas les peser ni les mesurer. Le beau, le bien, le fort, le courageux… Les contradictions ici n’opposent pas des sensations mais des opinions.

Nous jugeons constamment nous-mêmes et nos semblables selon les notions : bon et mauvais, beau et laid, juste et injuste. Ces contradictions éveillent la querelle plutôt que la réflexion, car nous sommes tous persuadés d’être pourvus de bon sens.

Ainsi, toute critique portant sur nos actes et nos jugements nous est insupportable, car elle remet en cause notre jugement et notre honnêteté. C’est là un puissant motif pour fuir la contradiction et résister à l’éveil et à la réflexion.

 

 

 

La haute estime que nous avons de nous-mêmes

« Tous doivent se dire justes, qu’ils le soient ou non, ou alors quelqu’un qui ne feint pas la justice est un fou » (Platon).

Platon souligne ici l’exigence universelle, pour chacun, de se présenter comme juste (qu’il le soit réellement ou non) car la justice est perçue comme signe de vérité et de force. Ne pas revendiquer cette justice, même feinte, c’est accepter d’apparaître faible ou insensé.

 

Il est très difficile de se présenter aux autres en disant que l’on ne sait rien. Or c’est précisément ce que fait Socrate : il se présente comme celui qui sait qu’il ne sait pas. Cette position est d’autant plus dure qu’elle va à rebours des réflexes sociaux ordinaires.

 

 

 

La question ontologique

Pour sortir du régime des opinions et de la mauvaise foi, où l’on prétend toujours savoir alors qu’on ne sait pas, nous avons besoin d’un critère qui permette d’aboutir à une décision suffisante, c’est-à-dire connaître ce qu’est la chose en soi.

Les dialogues socratiques sont presque tous des essais de définition. Poser la question de l’essence, c’est poser la question : « Qu’est-ce que c’est ? » — question ontologique.

 

 

 

Le recours à la science pour ne pas se tromper

Tant que ce que nous disent nos sensations nous paraît suffisant, nous n’avons pas à recourir aux arts du calcul et de la mesure. Mais nos sens peuvent nous tromper. Par exemple, à l’œil nu, l’horizon trompe les distances : on pourrait se perdre en traversant un désert pour rejoindre une montagne qui, à vue, semble proche. En mesurant la distance, on peut adapter le voyage et réussir la traversée. De la même manière, nous voyons le soleil tourner alors que c’est nous qui tournons : seule l’astronomie corrige cette apparence trompeuse.

De même, on ne verra pas la nécessité de recourir à la dialectique tant qu’on restera persuadé de la justesse de nos opinions. Il faut donc purger l’interlocuteur de ses opinions.



 

Méthode socratique

La méthode socratique consiste à interroger l’interlocuteur sur des sujets qu’il croit connaître, puis à mettre ses opinions à l’épreuve de la contradiction. Lorsqu’il découvre que ses opinions sont contradictoires, il s’irrite d’abord contre lui-même, mais s’adoucit envers les autres. Il se trouve alors délivré des opinions hautaines qu’il avait sur lui-même, opinions qui constituaient jusque-là un obstacle à tout véritable enseignement.

 

 

 

Conclusion : la délivrance

Ce que promet la dialectique, c’est la délivrance : délivrance de nous-mêmes vis-à-vis de nos propres opinions et, par là même, délivrance dans nos rapports avec autrui. En nous libérant de la peur d’être mis en défaut, elle désarme la résistance à l’autre et ouvre la possibilité d’une paix partagée.

 

 

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