Les Sophistes - Marie Odile Goulet Cazé (1986)


Les Sophistes - Marie Odile Goulet Cazé (1986)

Résumé abrégé par César Valentine du chapitre sur les sophistes dans l'ouvrage « L'ascèse cynique »

© César Valentine, 2019. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation.

 



Les sophistes sont des penseurs et maîtres itinérants de la Grèce classique, actifs surtout au Ve et IVe siècle av. J.-C., qui enseignaient l’art du discours, de la persuasion et des savoirs utiles à la vie publique, souvent contre rémunération. Longtemps, ils ne nous ont été connus presque qu’à travers Platon et Aristote, qui les ont critiqués pour leur relativisme et leur prétendue manipulation des mots au détriment de la vérité. À partir de Nietzsche et surtout au XXᵉ siècle (notamment avec des études comme celles de Werner Jaeger, George Kerferd, Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne), leur rôle a été réévalué : on reconnaît aujourd’hui qu’ils ont profondément marqué la réflexion sur l’éducation, la politique, le langage et la culture démocratique d’Athènes. 



Les sophistes : enseigner l'excellence ?

  • Au Ve siècle, sous l’influence des sophistes, une question centrale agite le débat intellectuel : « La vertu peut-elle s’enseigner ? » Autrement dit : l’éducation peut-elle orienter la nature humaine ?

 

  • La conception aristocratique traditionnelle voyait l’excellence comme un don de la nature, transmis par la naissance et l’exemple familial.

 

  • Les sophistes, au contraire, affirmaient pouvoir enseigner l’excellence (l’areté) à tout homme désireux de réussir en politique. Cette prétention à enseigner l'excellence, moyennant un salaire, choquait les esprits conservateurs.

 

  • Seul Gorgias ne prétendait pas enseigner l’areté. Il ne se proposait que de former des gens habiles à parler (des orateurs)

 

  • Pour les sophistes, la vertu est une technè (un art, un savoir-faire). Ils se présentaient comme des éducateurs d’hommes.



La vertu comme technè

 

  • Elle suppose l’assimilation d’un enseignement et un effort d’entraînement.

 

  • Les sophistes rivalisaient entre eux par des méthodes différentes :
    • Technique encyclopédique (Hippias d’Élis) : accumuler une vaste quantité de faits (les matériaux du savoir).
      • Hippias inventa une méthode mnémotechnique.
    • Technique formelle (Prodicos de Céos) : former l’esprit par un entraînement formel de type grammatical et linguistique.
      • La base de sa méthode était la politique et la morale
      • Cette troisième voie se distingue des deux autres car elle considère l’homme non comme un individu isolé mais comme membre de la communauté.
    • Troisième voie (Protagoras) : en plus de la technique formelle, il utilisait la poésie et la musique pour former l'âme. 




Protagoras et la vertu politique

 

  • La vertu politique n’est ni une qualité naturelle, ni un produit du hasard. Elle relève d’un enseignement et d’une application.

 

  • L’apprentissage doit commencer dès la jeunesse et requiert à la fois des dispositions naturelles et de l’exercice. 
    • Protagoras (cité par Stobée) affirme : « Art sans exercice n'est rien qui vaille, et exercice sans art de même. »
    • Donc un vernis superficiel acquis à la hâte ne peut pas engendrer la vertu.
    • L’homme devient moralement bon davantage par l’exercice que par la nature.

 

  • La mémoire joue un rôle essentiel dans l’éducation.

 

  • L’exercice sophistique est intellectuel.
    • Ce n'est pas un entraînement physique.
    • Ce n'est pas un simple exercice moral, au sens où l'on considère qu'en s'exerçant à des actes vertueux, on devient vertueux.

 

  • Seul l’entraînement oratoire produit la vertu politique.

 

  • L'esprit est plus passif qu’actif.
    • Il reçoit plus qu'il ne découvre.
    • Il imite plus qu'il ne crée.




Relativisme moral et conditions de la technè

 

  • Pour les sophistes, un acte peut être jugé bon ou mauvais selon le point de vue adopté.

 

  • Toute technè repose sur trois éléments :
    • Nature (Phusis) : tout ce qui s'avance et s’épanouit dans l’ouvert.
    • Instruction (Mathésis) : acquisition de savoirs variés (grammaire, rhétorique, mathématiques, etc.).
    • Exercice (Askésis) : exercices oratoire et pratique régulière.