Hobbes - Léviathan (1651)


Hobbes - Léviathan (1651)

Résumé, abrégé et commentaire des trois premiers chapitres par César Valentine

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Thomas Hobbes (1588-1679) est un philosophe anglais. Il s'est réfugié en France après l’exécution du roi Charles Iᵉʳ en 1649, pendant la guerre civile anglaise. Il craignait pour sa sécurité car il avait été proche des royalistes et parce que son ouvrage précédent (Du citoyen) l’avait déjà rendu suspect. Il écrit le Léviathan en 1651, à Paris. Philosophe matérialiste dans une époque marquée par la violence politique, il cherche à fonder rationnellement l’ordre social et l’autorité de l’État. Les trois premiers chapitres, résumés ici très brièvement, posent les bases de sa pensée : ils expliquent comment toutes nos idées viennent de nos sens, et comment l’enchaînement des imaginations mène à la prudence et à la vie politique. Ce bref résumé s’attache surtout à la question de la sensation et à son rôle central dans la genèse de la pensée.



Chapitre 1 – De la sensation

Hobbes place la sensation à l’origine de toutes les pensées : c’est le point de départ de son matérialisme.

  • La sensation est à l’origine de toutes les pensées.
  • Les causes de la sensation résident dans les corps externes.

Conclusion : En ramenant la pensée à des effets mécaniques, Hobbes fait du corps le socle de l’esprit et prépare le terrain du matérialisme moderne.



Chapitre 2 – De l’imagination

Hobbes montre que l’imagination, la mémoire, l’expérience et même le rêve sont des sensations dégradées. Il démolit les croyances surnaturelles et réduit la pensée à un mécanisme matériel.

 

  • L’imagination n’est qu’une sensation dégradée : c’est la trace d’une perception passée qui a perdu de sa vigueur.
    • La mémoire : lorsqu’une imagination affaiblie se rapporte à une sensation passée, on l’appelle mémoire.
    • L’expérience : c’est beaucoup de mémoire. L'imagination résulte de l’accumulation de nombreux souvenirs.
    • Imagination simple : faire appel à un souvenir unique déjà perçu.
    • Imagination composée : associer deux souvenirs pour former une image qui n’existe pas dans la réalité.
      • Exemple : un centaure est créé en combinant le souvenir d’un cheval et celui d’un homme.
    • Le rêve : manifestation de l’imagination pendant le sommeil
    • La compréhension : image engendrée en l’homme par des mots ou des signes volontaires.

 

Conclusion : L’imagination et le souvenir ne sont rien d'autres que des traces sensorielles. Hobbes ramène même nos rêves et notre compréhension à ce processus matériel. Il démonte ainsi les fondements mystiques attribués à l’esprit. L'être humain est avant tout un corps.



Chapitre 3 – De la consécution ou enchaînement des imaginations

Hobbes décrit comment les pensées s’enchaînent et comment, guidées par un dessein, elles deviennent prudentes et prévoyantes. La prévoyance est la base de la prudence, et donc de la société et de la politique. 

 

  • Le discours mental : c’est l’enchaînement ou la suite de pensées, parce qu’une pensée en appelle toujours une autre.
    • Suite non ordonnée : une suite de pensées sans but précis, discontinue et sans lien pertinent. Elle est typique des personnes solitaires ou indifférentes. Elle manque d’harmonie, même si chaque pensée dépend toujours d’une autre.
    • Suite dirigée : une suite de pensées guidée par un désir ou un dessein. Quand le désir est très fort, il peut même empêcher le sommeil.
      • Ces pensées dirigées conduisent à l’action : on cherche les effets d’une cause ou la cause d’un effet.
      • Prévision et prudence : la capacité de prévoir ce qui pourrait arriver et d’agir avec sagesse naît de ces enchaînements dirigés. 

 

  • Le présent seul existe dans la nature : inquiet de l’avenir, l’homme s’associe aux autres et forme un État. De naturel, il devient politique et moral. Il passe d’une durée naturelle (le présent) à une durée historique.
  • Le futur : toujours une conjecture incertaine, même pour le plus sage. 

 

  • Le meilleur prophète : c’est celui qui connaît le mieux une matière et dispose du plus grand nombre de signes pour l’interpréter.
    • La prophétie n’est pas mystique : prédire ne vient pas d’une révélation surnaturelle mais de la connaissance et de l’observation. Celui qui maîtrise le mieux les signes et l’expérience prédit donc le plus justement.
    • Le signe : il correspond à l’expérience. Observer les conséquences et les événements antécédents permet de repérer des signes qui reviennent fréquemment dans des suites d’événements semblables.
    • Le passé : C'est une présomption fondée sur l’expérience, c’est-à-dire un raisonnement qui utilise des signes connus pour supposer ce qui a pu se produire.

 

  • La finitude limite notre pensée : tout ce qui est dans la nature est fini et tout ce que nous imaginons est fini.
    • Nous ne pouvons pas penser l’infini.
      • Donc il nous est impossible de concevoir et de comprendre Dieu
    • Dire qu’une chose est infinie signifie seulement que nous n’avons pas la capacité d’en concevoir les limites.
      • Nous ne concevons pas l’infini lui-même, nous ne faisons que prendre conscience que notre pensée ne peut pas en concevoir les limites.
    • Donc le nom de Dieu n’est pas donné pour le concevoir, mais pour l’honorer.
    • Tout ce que nous concevons a d’abord été perçu par nos sens.

 

Conclusion : La prévoyance et la prudence sont les fondements de la vie politique, et naissent de mécanismes matériels. Le désir de se protéger pousse l’homme à s’unir aux autres pour sécuriser son avenir. En affirmant que nous ne pouvons pas connaître Dieu mais seulement l’honorer, Hobbes rompt avec la tradition théologique qui cherchait à comprendre Dieu : un tournant majeur dans l’histoire de la pensée.



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